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    Fiscalité immobilière

    Meublés de tourisme après la loi Le Meur : l'abattement réduit qui rebat les cartes fiscales

    La loi du 19 novembre 2024 ramène l'abattement micro-BIC des locations Airbnb non classées à 30 % et élargit les pouvoirs des maires. Pour les propriétaires, le régime réel devient rentable bien plus tôt qu'avant.

    05/08/20269 min (1747 mots)

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    EN RÉSUMÉ — La loi n° 2024-1039 du 19 novembre 2024, portée par la députée Annaïg Le Meur, a clos deux ans de débat fiscal autour des plateformes de location courte durée. Son verdict : l'abattement micro-BIC des meublés de tourisme non classés tombe à 30 %, contre 50 % jusqu'en 2023, avec un plafond de recettes abaissé à 15 000 €. Pour les classés et chambres d'hôtes, il passe de 71 % à 50 %. Le calcul fiscal qui guidait des milliers de propriétaires doit être entièrement revu.

    Deux ans de valse fiscale, une conclusion : le micro recule

    Tout a commencé avec la loi de finances pour 2024, dont l'article 45 modifiait les abattements micro-BIC des locations touristiques. Cet amendement a failli être annulé après une erreur de procédure parlementaire — vote nocturne, incertitude juridique, circulaires contradictoires — créant pendant plusieurs mois une ambiguïté réelle pour les propriétaires. La loi Le Meur de novembre 2024 a tranché : elle a confirmé et consolidé la baisse, lui donnant une assise législative incontestable. Pour les déclarations de revenus 2024 (déposées au printemps 2025), les nouveaux taux s'appliquent sans ambiguïté.

    L'intention politique est limpide : rééquilibrer le marché locatif en réduisant l'avantage fiscal qui avait alimenté la conversion massive de logements résidentiels en meublés touristiques dans les zones tendues. Un abattement à 71 % pour les classés signifiait qu'un propriétaire n'était imposé que sur 29 % de ses recettes — un cadeau fiscal que nombre d'élus locaux jugeaient excessif face à la pression immobilière dans les villes touristiques.

    Les nouveaux abattements : ce que la réforme change pour votre déclaration

    Le résultat net des réformes successives de 2024, applicable depuis l'imposition des revenus 2024, est le suivant — à consulter sur impots.gouv.fr chaque année, tant les textes ont fluctué en peu de temps :

    Type de location Abattement avant réforme Abattement depuis 2025 Plafond de CA annuel
    Meublé de tourisme non classé 50 % 30 % 15 000 €
    Meublé de tourisme classé (organisme accrédité) 71 % 50 % 77 700 €
    Chambre d'hôtes 71 % 50 % 77 700 €

    Le plafond de 15 000 € pour les non-classés est le changement le plus brutal. Avant la réforme, un propriétaire encaissant 30 000 € de recettes touristiques pouvait rester au micro-BIC avec 50 % d'abattement, soit 15 000 € imposables. Désormais, au-delà de 15 000 € de recettes, le micro-BIC n'est plus accessible : le régime réel devient obligatoire. Sous ce seuil, l'abattement régressif — 30 % au lieu de 50 % — pèse directement sur la note fiscale.

    Un exemple chiffré : 18 000 € de recettes Airbnb par an

    Prenons un appartement non classé qui génère 18 000 € de recettes locatives touristiques. Avant la réforme, le micro-BIC permettait de déclarer 9 000 € (50 % d'abattement) dans la limite du plafond applicable. Avec les nouveaux textes, le plafond de 15 000 € est dépassé : le régime réel devient obligatoire. Si vos charges réelles — intérêts d'emprunt, taxe foncière, ménage professionnel, assurance, commission de plateforme, amortissement du mobilier et du bien — atteignent 12 000 € sur l'année, le bénéfice imposable tombe à 6 000 €. Dans ce cas, le régime réel est nettement plus favorable que l'ancien micro. Ces chiffres sont illustratifs : votre situation dépend de votre emprunt, de votre taux de remplissage et de vos charges effectives.

    Le régime réel devient pertinent bien plus tôt

    L'abattement à 30 % est désormais identique à celui des locations nues relevant des revenus fonciers au micro-foncier. La singularité avantageuse du meublé touristique — moins taxé que la location longue durée pour les revenus modestes — a disparu dans la catégorie des non-classés. Le régime réel LMNP devient mécaniquement compétitif dès que vos charges atteignent 30 % des recettes. Or, avec des frais de plateforme entre 3 % et 5 % du loyer, un nettoyage professionnel après chaque séjour, une taxe foncière et une assurance, ce seuil est souvent atteint même sans crédit immobilier.

    La vraie puissance du réel reste l'amortissement comptable : un studio meublé acheté 200 000 € (hors terrain) génère environ 5 000 à 7 000 € d'amortissement annuel, une charge qui n'existe pas en trésorerie mais qui efface mécaniquement le bénéfice imposable. Avec un abattement micro réduit à 30 %, l'avantage comparatif du réel est d'autant plus lisible. Le seul vrai coût : la tenue d'une comptabilité commerciale, liasse fiscale et plan d'amortissement inclus, qui passe en pratique par un expert-comptable — dont les honoraires sont eux-mêmes déductibles.

    Ce que la loi ajoute au-delà de la fiscalité : les maires renforcés

    La loi Le Meur ne se limite pas aux abattements. Elle étend les pouvoirs communaux sur la location touristique selon trois leviers. Le premier : toutes les communes peuvent instaurer une procédure de déclaration préalable assortie d'un numéro d'enregistrement national, déjà obligatoire dans les communes de plus de 200 000 habitants. Le deuxième : dans les zones à urbanisme contrôlé, le changement d'usage d'une habitation en local commercial — nécessaire pour une location de courte durée permanente non résidentielle — requiert une autorisation municipale. Le troisième : les communes peuvent fixer des quotas de logements autorisés à basculer vers la location touristique dans certaines zones.

    Ces outils ne constituent pas une interdiction nationale. Ils donnent aux maires les moyens juridiques de réguler à la brique et au quartier, sans passer par une loi ad hoc. Dans les villes où le marché locatif est saturé — Bordeaux, Lyon, Paris, la Côte d'Azur —, le cadre administratif peut devenir aussi contraignant que la fiscalité. Si vous investissez dans une zone touristique, renseignez-vous sur le règlement municipal avant de vous positionner : la rentabilité d'un meublé touristique dépend autant des règles locales que des taux d'imposition. Et n'oubliez pas que si c'est un locataire — et non vous — qui sous-loue votre bien, les risques sont d'une autre nature : notre article sur les risques de la sous-location Airbnb en détaille les enjeux.

    La copropriété peut désormais voter l'interdiction

    C'est peut-être la mesure la plus concrète pour des milliers de copropriétaires : la loi Le Meur permet à une assemblée générale de voter, à la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 — soit la majorité de l'ensemble des copropriétaires calculée en tantièmes, et non seulement des présents ou représentés —, une clause interdisant ou restreignant la location meublée touristique dans les lots privatifs de l'immeuble.

    Cette clause s'impose à tous les lots, y compris ceux dont le propriétaire pratiquait déjà la location de courte durée. Un point à surveiller si vous achetez en copropriété avec l'intention de louer sur Airbnb : vérifiez le règlement de copropriété en vigueur, mais anticipez qu'une assemblée future pourrait changer la donne. Le règlement initial peut permettre la location touristique ; rien n'empêche une assemblée ultérieure de la restreindre à la majorité requise.

    Quelle stratégie adopter après la réforme ?

    Pour les propriétaires dont les recettes dépassent 15 000 € en non-classé, le passage au régime réel est désormais contraint par la loi. Pour ceux qui restent sous ce seuil, le choix entre micro et réel doit être recalculé à la main : l'ancien réflexe « micro-BIC, c'est simple et suffisant » ne résiste plus à un abattement ramené à 30 %. La classification par un organisme accrédité — qui donne accès à l'abattement de 50 % et au plafond de 77 700 € — mérite d'être envisagée sérieusement : la démarche est administrative, le gain fiscal peut être significatif sur plusieurs années.

    À plus long terme, la question de l'arbitrage entre location courte durée, meublée longue durée et location nue se repose dans un environnement moins favorable. La fiscalité des plus-values à la revente doit également entrer dans le calcul : depuis la loi de finances pour 2025, un LMNP au régime réel voit ses amortissements réintégrés dans l'assiette de la plus-value. L'optimisation fiscale de la location touristique a perdu deux de ses atouts principaux en l'espace de deux exercices. Ce n'est pas une raison de rayer la formule du tableau — les rendements bruts restent souvent élevés —, mais une invitation à modéliser sérieusement avant d'engager des capitaux, en intégrant toutes les variables du statut de bailleur que vous choisissez d'endosser.

    FAQ

    Quel abattement micro-BIC s'applique à mon Airbnb depuis 2025 ?

    Si votre meublé de tourisme n'est pas classé, l'abattement est de 30 % dans la limite de 15 000 € de recettes annuelles. S'il est classé par un organisme accrédité (ou s'il s'agit d'une chambre d'hôtes), l'abattement est de 50 % dans la limite de 77 700 €. Ces taux résultent des réformes successives engagées par la loi de finances pour 2024 et confirmées par la loi Le Meur du 19 novembre 2024.

    La loi Le Meur s'applique-t-elle aussi aux locations de ma résidence principale ?

    Oui. La résidence principale peut toujours être louée jusqu'à 120 jours par an, limite inchangée. Mais les revenus correspondants sont désormais soumis à un abattement de 30 % seulement si le logement n'est pas classé — ce qui est le cas général. La location ponctuelle reste légale, simplement moins avantageuse fiscalement qu'avant la réforme.

    Vaut-il mieux passer au régime réel après la loi Le Meur ?

    Avec un abattement réduit à 30 %, le régime réel devient avantageux dès que vos charges réelles — amortissement, travaux, taxe foncière, frais de plateforme, ménage — dépassent ce seuil. C'est souvent le cas dès l'existence d'un crédit immobilier. Il faut comparer précisément, en tenant compte des honoraires comptables qui sont eux-mêmes déductibles et partiellement compensés par une réduction d'impôt en cas d'adhésion à un organisme de gestion agréé.

    Les maires peuvent-ils désormais interdire les Airbnb dans ma commune ?

    Ils ne peuvent pas interdire globalement, mais leurs pouvoirs ont été renforcés : autorisation de changement d'usage obligatoire dans certaines communes, quotas de meublés par zone, déclaration préalable avec numéro d'enregistrement national. Une commune peut fermer certains quartiers à la location touristique sans interdire à l'échelle de tout le territoire communal.

    Ma copropriété peut-elle voter l'interdiction des locations Airbnb ?

    Oui, depuis la loi Le Meur. L'assemblée générale peut voter, à la majorité de l'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 (majorité de tous les copropriétaires calculée en tantièmes, présents ou non), une résolution interdisant ou limitant la location meublée touristique dans les lots privatifs. Cette clause s'impose à tous les copropriétaires, y compris ceux qui pratiquaient déjà la location avant le vote.

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    Sources