Lois en discussion : ce qui peut servir ou desservir les bailleurs à la rentrée 2026
Deux textes non encore votés décideront d'une partie du cadre locatif de 2027 : le projet de loi Relance et décentralisation du logement, adopté au Sénat le 8 juillet 2026 et transmis à l'Assemblée, et la proposition de loi pérennisant l'encadrement des loyers, votée par les députés le 11 décembre 2025 et en attente au Sénat. L'un desserre, l'autre resserre. Aucun n'est définitif — et c'est précisément ce qu'il faut savoir avant de décider quoi que ce soit.
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EN RÉSUMÉ — Deux textes non encore votés décideront d'une partie du cadre locatif applicable en 2027, et ils tirent en sens opposés. Le projet de loi Relance et décentralisation du logement, adopté au Sénat le 8 juillet 2026 et transmis à l'Assemblée nationale, desserre certaines contraintes pesant sur les bailleurs. La proposition de loi pérennisant l'encadrement des loyers, votée par les députés le 11 décembre 2025 et en attente au Sénat, les resserre. Aucun des deux n'est définitif. Ce que le bailleur doit en retenir tient en une phrase : surveiller le calendrier, ne rien anticiper.
Pourquoi « adopté » ne veut presque jamais dire « applicable »
C'est la confusion la plus coûteuse en matière de veille législative, et la presse spécialisée l'entretient sans intention de nuire. Un texte « adopté par le Sénat » n'est pas une loi : c'est une étape. Il part ensuite à l'Assemblée nationale, qui peut le modifier, le vider ou l'enrichir. En cas de désaccord persistant, une commission mixte paritaire tente un compromis ; à défaut, l'Assemblée a le dernier mot. Puis vient la promulgation, et parfois un décret d'application sans lequel rien ne bouge concrètement.
Entre le premier vote et l'entrée en vigueur réelle, un article peut donc disparaître, changer de seuil, ou voir sa date d'application repoussée de deux ans. Un bailleur qui aurait engagé des travaux lourds ou renoncé à une vente sur la foi d'un vote intermédiaire aurait pris une décision irréversible sur une base qui, elle, ne l'était pas.
La règle applicable est celle du jour de l'acte
Un bail signé aujourd'hui obéit au droit en vigueur aujourd'hui. Une loi nouvelle peut ensuite s'appliquer aux contrats en cours, ne viser que ceux conclus après son entrée en vigueur, ou prévoir un régime transitoire : c'est l'article d'entrée en vigueur du texte définitif qui tranche, jamais un raisonnement par analogie avec une réforme antérieure.
Le texte qui desserre : Relance et décentralisation du logement
Porté par le ministre du Logement Vincent Jeanbrun, ce projet de loi a suivi un parcours rapide. Procédure accélérée engagée le 25 juin 2026, délibération au Sénat les 7 et 8 juillet, adoption du texte n° 157 (session 2025-2026) le 8 juillet, transmission à l'Assemblée nationale le 9 juillet où il est déposé sous le numéro 3058. Les rapporteurs au Sénat étaient Dominique Estrosi Sassone et Amel Gacquerre.
La procédure accélérée mérite une explication, car elle est souvent lue comme un gage de certitude : elle ne l'est pas. Elle limite à une seule lecture par chambre avant commission mixte paritaire, au lieu de deux. Le calendrier se resserre ; le contenu, lui, reste ouvert jusqu'au dernier vote.
Le volet le plus attendu des bailleurs concerne les logements énergétiquement insuffisants : le Sénat a voté des cas permettant, sous condition d'engagement de travaux, de continuer à louer ou de remettre en location un bien classé F ou G aujourd'hui promis à une sortie progressive du parc locatif. Ce volet est détaillé dans notre analyse dédiée du volet passoires thermiques du texte — avec la même réserve : il s'agit d'un vote du Sénat, pas d'une loi.
Ce qui, dans le même texte, mérite l'attention inverse
La « décentralisation » du titre n'est pas décorative. Le texte renforce le rôle des collectivités et des maires dans la politique locale du logement. Pour un bailleur, cela signifie qu'une partie des règles qui le concernent pourrait dépendre davantage de décisions locales — donc varier d'une commune à l'autre et évoluer plus vite qu'une loi nationale. Un desserrement national assorti d'une main locale renforcée n'est pas mécaniquement favorable : tout dépendra de la commune où se situe le bien.
Le texte qui resserre : la pérennisation de l'encadrement des loyers
À l'opposé, une proposition de loi portée par le député Iñaki Echaniz, inscrite dans la niche parlementaire du groupe socialiste, vise à pérenniser, renforcer et étendre l'encadrement des loyers. Elle prévoit notamment d'ouvrir le dispositif aux communes situées en zone tendue et à celles qui les jouxtent au sein de la même intercommunalité.
Les députés l'ont adoptée en première lecture le 11 décembre 2025, par 105 voix contre 56. Le texte doit désormais être examiné par le Sénat — étape qui n'a pas eu lieu. Une proposition de loi adoptée par une seule chambre, issue d'une niche parlementaire, reste une hypothèse : beaucoup s'arrêtent là faute d'inscription à l'ordre du jour de la seconde chambre.
Cette proposition croise une échéance qui, elle, est certaine. L'expérimentation issue de l'article 140 de la loi ELAN du 23 novembre 2018, prolongée de trois ans par la loi 3DS du 21 février 2022, arrive à son terme fin novembre 2026. Sans vote nouveau, elle s'éteint. Le mécanisme lui-même, ses plafonds et ses risques de restitution rétroactive sont détaillés dans notre article sur le fonctionnement de l'encadrement des loyers.
Le tableau de bord des textes
| Texte | Où il en est | Effet attendu pour le bailleur |
|---|---|---|
| Projet de loi Relance et décentralisation du logement | Adopté Sénat 8 juillet 2026 · transmis AN (n° 3058) · procédure accélérée · pas de date de séance | Plutôt favorable (location F/G sous conditions), mais pouvoir local renforcé |
| PPL pérennisation de l'encadrement des loyers | Adoptée AN 11 décembre 2025 (105 voix contre 56) · en attente au Sénat | Défavorable : pérennisation et extension géographique |
| Fin de l'expérimentation encadrement (art. 140 ELAN) | Échéance fin novembre 2026, sauf vote contraire | Favorable si extinction — mais rien n'est acquis |
| Statut du bailleur privé | Déjà voté (loi de finances 2026) | Favorable : amortissement, à ne pas confondre avec les textes en cours |
La dernière ligne est celle qu'il ne faut pas mélanger avec les autres. Le statut du bailleur privé est en vigueur : il relève du droit positif, pas de la veille. Le confondre avec un texte en navette conduit à l'erreur symétrique de celle décrite plus haut — se priver d'un dispositif applicable en le croyant hypothétique.
La bonne posture : vigilance sur le calendrier, pas anticipation
Trois réflexes suffisent. Vérifier l'état réel d'un texte à la source, sur les dossiers législatifs du Sénat et de l'Assemblée nationale, plutôt que dans un titre de presse. Ne prendre aucune décision irréversible — travaux lourds, vente, congé — sur la foi d'un vote intermédiaire. Et distinguer soigneusement ce qui est déjà applicable de ce qui est en discussion, y compris pour d'autres sujets fiscaux comme la taxe sur les logements vacants.
FAQ
Le projet de loi logement s'applique-t-il déjà ?
Non. Adopté par le Sénat le 8 juillet 2026, transmis à l'Assemblée nationale (n° 3058), il n'a pas encore été examiné en séance publique par les députés. Aucune disposition ne produit d'effet avant adoption définitive et promulgation.
La procédure accélérée rend-elle le texte plus certain ?
Non. Elle réduit le nombre de lectures par chambre avant commission mixte paritaire, donc le délai. Elle ne garantit ni l'adoption, ni le maintien d'un article donné.
L'encadrement des loyers s'arrête-t-il automatiquement fin novembre 2026 ?
L'expérimentation arrive à son terme faute de prolongation. Mais une proposition de loi de pérennisation a été adoptée par l'Assemblée le 11 décembre 2025 et attend le Sénat, et une prolongation temporaire a été évoquée par le Gouvernement. L'extinction n'est donc pas acquise.
Faut-il attendre ces textes avant de signer un bail ?
Non. Le bail signé obéit au droit en vigueur au jour de sa signature. Attendre une loi hypothétique revient à laisser un bien vacant sur une incertitude, ce qui a un coût certain.
Où suivre l'avancement sans se tromper ?
Sur les dossiers législatifs de senat.fr et assemblee-nationale.fr, qui indiquent la chambre saisie et le texte exact, et sur Légifrance pour les textes promulgués.
Informations générales à jour du 20 août 2026, sans valeur de conseil juridique personnalisé. Les textes cités sont en cours de navette parlementaire : leur contenu et leur calendrier peuvent évoluer jusqu'à l'adoption définitive. Vérifiez l'état d'avancement à la source avant toute décision.
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Aller plus loin
Sources
- Sénat — Dossier législatif : projet de loi Relance et décentralisation du logement (pjl25-801)
- Assemblée nationale — Dossier législatif : pérenniser, généraliser et améliorer l'encadrement des loyers
- Légifrance — Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (ELAN), article 140
- Légifrance — Loi n° 2022-217 du 21 février 2022 (3DS)
