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    Réglementation

    ZAN : comment le zéro artificialisation nette redistribue le foncier disponible pour les marchands de biens

    La loi Climat 2021 et la loi de juillet 2023 forcent les communes à réviser leurs PLU d'ici 2028. En 2026, la fenêtre critique s'ouvre : friches et réhabilitations urbaines montent en valeur, terrains vierges deviennent rares et risqués. Ce que doit savoir tout investisseur foncier avant de signer.

    01/09/20268 min (1688 mots)

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    EN RÉSUMÉ — Le zéro artificialisation nette n'est plus une perspective abstraite : en 2026, les schémas de cohérence territoriale (SCOT) entrent dans leur phase de révision obligatoire, et les plans locaux d'urbanisme (PLU) suivront d'ici 2028. Pour les marchands de biens, cette séquence est décisive. Elle redistribue le foncier disponible : les terrains vierges deviennent rares et risqués, les friches et le bâti urbain existant montent en valeur relative. Inscrits dans la loi Climat et résilience du 22 août 2021, puis précisés par la loi du 20 juillet 2023, ces mécanismes sont désormais en vigueur et génèrent des conséquences pratiques sur les permis de construire, les prix d'acquisition et la hiérarchie des stratégies d'investissement.

    La mécanique du ZAN : une sobriété foncière à calendrier contraignant

    La loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 fixe deux paliers chiffrés. Le premier, pour 2031 : réduire de moitié la consommation nette d'espaces naturels, agricoles et forestiers (ENAF) par rapport à la décennie 2011-2021. Selon les données du portail national de l'artificialisation des sols, la France avait consommé entre 220 000 et 230 000 hectares d'ENAF au cours de cette décennie de référence ; l'objectif est donc de ne pas dépasser environ 110 000 à 115 000 hectares sur la période 2021-2031, soit une moyenne annuelle réduite de moitié. Le second palier vise 2050 : zéro artificialisation nette, c'est-à-dire toute nouvelle imperméabilisation de sol compensée par une renaturation d'une surface équivalente.

    La loi n° 2023-630 du 20 juillet 2023 a précisé l'architecture d'application en garantissant à chaque commune un droit minimal à construire — au moins 1 hectare ou 1 % de sa surface déjà artificialisée, selon la mesure la plus favorable — pour éviter que la sobriété nationale ne se traduise par un gel total du développement rural. Elle a également précisé les délais de révision des documents d'urbanisme, créant le calendrier dont les effets se font sentir dès aujourd'hui.

    Ce qu'« artificialisation » signifie précisément

    La définition est inscrite à l'article L. 101-2-1 du code de l'urbanisme : est artificialisé tout sol dont les fonctions naturelles sont altérées — absorption des eaux pluviales, stockage de carbone, accueil de la biodiversité. Une maison construite sur de la prairie artificialise. Un entrepôt construit sur une friche industrielle déjà imperméabilisée ne consomme pas d'ENAF. C'est ici que réside la clé de lecture pour tout investisseur : ce n'est pas la nature de l'opération (construire, rénover, démolir), c'est l'état du sol avant l'opération qui détermine l'impact ZAN.

    Le calendrier 2026-2028 : la fenêtre critique des révisions

    En septembre 2026, la séquence de révision des documents d'urbanisme est bien engagée. Les SRADDET (schémas régionaux d'aménagement, de développement durable et d'égalité des territoires) ont, pour la quasi-totalité des régions, intégré leurs trajectoires ZAN au cours de 2024-2025. Les SCOT doivent désormais être révisés pour y être conformes avant fin 2027. Les PLU et PLUi ont jusqu'à fin 2028. Cette révision simultanée dans des milliers de communes est à l'origine des incertitudes pratiques actuelles sur les autorisations d'urbanisme.

    DocumentDélai de révisionCe qu'il fixe pour les investisseursRisque si non encore révisé
    SRADDET (région)Largement révisé en 2024-2025Trajectoire régionale et enveloppe par SCOTIncertitude résiduelle sur les enveloppes locales
    SCOT (intercommunalité)Avant fin 2027Enveloppe communale, localisation des friches prioritairesSursis à statuer possible sur les communes du périmètre
    PLU / PLUiAvant fin 2028Zonage révisé : zones AU réduites ou supprimées, zones U densifiéesToute demande de permis sur zone à urbaniser peut faire l'objet d'un sursis

    Cinq effets concrets selon le type d'opération

    Le ZAN ne s'applique pas uniformément à toutes les stratégies d'investissement. Il redistribue les avantages et les risques selon que l'opération consomme ou non des ENAF. Avant d'arbitrer entre plusieurs actifs, voici la grille de lecture qui s'impose.

    Type d'opérationImpact ZANAvantage relatif en 2026Point de vigilance principal
    Construction neuve sur terrain vierge en ENAFConsomme l'enveloppe communaleFaible si la commune est proche de son plafond décennalSursis à statuer si le PLU est en cours de révision
    Réhabilitation d'immeuble urbain existantNeutre — hors ZANÉlevé : la demande suit les règles actuelles sans délai ZANChangement de destination nécessitant parfois un permis d'aménager
    Démolition-reconstruction sur site déjà artificialiséNeutre — surface déjà imperméabiliséeMoyen-élevé : pas d'impact sur l'enveloppe communaleCertaines communes imposent de justifier la démolition plutôt que la rénovation
    Requalification de friche industrielle ou commercialePositif — ne consomme pas d'ENAFTrès élevé : accès aux aides ADEME et fonds fricheDépollution éventuelle à chiffrer impérativement avant signature
    Surélévation d'immeuble existantNeutreÉlevé : pas de sol consommé, pas d'impact ZANGabarit et hauteur autorisés dans le règlement du PLU actuel

    Le sursis à statuer : le risque juridique à maîtriser en 2026

    Pendant la révision d'un PLU, une commune peut opposer un sursis à statuer à toute demande de permis de construire dont le projet serait susceptible de compromettre ou de rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan (article L. 153-11 du code de l'urbanisme). Ce sursis peut atteindre deux ans. Passé ce délai, la commune est tenue de statuer selon les règles en vigueur à la date du dépôt initial — mais deux ans d'attente sur un investissement porté à crédit représente un coût financier réel qui peut retourner l'équation d'une opération.

    Le certificat d'urbanisme opérationnel : l'outil de cristallisation

    Face à ce risque, l'arme défensive est le certificat d'urbanisme opérationnel (CU-b, article L. 410-1 du code de l'urbanisme). Obtenu avant la signature de la promesse de vente, il cristallise les règles d'urbanisme applicables pendant 18 mois. Si le PLU évolue dans cet intervalle — y compris pour intégrer les contraintes ZAN — le porteur du CU conserve le bénéfice des règles figées à la date de sa délivrance. La démarche prend deux mois et ne coûte rien en droits : c'est la première vérification à mener sur tout terrain dont la constructibilité détermine la valeur. Les droits de mutation déjà alourdis depuis 2025 rendent d'autant plus coûteux un mauvais calcul à l'entrée.

    Ce que le ZAN ne fait pas — et pourquoi c'est une opportunité

    Le ZAN ne supprime pas le droit à construire dans les zones urbaines déjà constituées. La densification, la surélévation, la transformation d'usages — bureaux en logements, commerce en résidentiel — restent libres de toute contrainte ZAN : elles ne consomment pas de sol naturel. C'est précisément là que la logique économique pousse les investisseurs depuis 2021 : la ville sur la ville. Ce rééquilibrage est d'autant plus intéressant que le déficit foncier majoré pour rénovation énergétique offre, sur des opérations de réhabilitation lourde, des déductions pouvant atteindre 21 500 € par an sur le revenu global. Le ZAN légifère en faveur de la réhabilitation, même s'il ne l'énonce jamais avec ce mot.

    Il y a une logique économique sous-jacente que la loi n'explique pas mais que le marché commence à refléter : quand les terrains vierges se raréfient, les actifs bâtis existants captent mécaniquement une part croissante de la demande des promoteurs et des marchands de biens. Les friches bien situées — déjà imperméabilisées, déjà dans le tissu urbain, éligibles aux aides — deviennent un actif d'une catégorie à part. L'investisseur qui repère ces sites avant que la révision du PLU ne les sanctuarise comme « espaces de renaturation prioritaire » se trouve dans une fenêtre d'opportunité qui se fermera progressivement entre 2026 et 2028.

    Trois réflexes avant de signer sur un terrain en 2026

    Aucune acquisition foncière ne devrait désormais ignorer trois questions, dans cet ordre. Première : le PLU est-il en cours de révision ? Si oui, un certificat d'urbanisme opérationnel est indispensable avant la promesse. Deuxième : le terrain consomme-t-il des ENAF ? Le portail national de l'artificialisation des sols, disponible en open data, permet de vérifier la classification de la parcelle sans coût. Troisième : s'agit-il d'une friche ? Si oui, les dispositifs d'accompagnement — subventions ADEME, appels à projets régionaux — peuvent significativement améliorer l'équation financière, parfois au point de changer le verdict d'une opération.

    Ce que change le ZAN, in fine, c'est le prix relatif des actifs : pas une interdiction de construire, mais une incitation structurelle à choisir autrement. Raisonner sur un horizon de dix ans en supposant que l'enveloppe communale sera progressivement consommée, c'est anticiper une contrainte déjà écrite dans la loi — et s'y positionner avant que le marché ne l'ait pleinement intégré.

    FAQ

    Le ZAN interdit-il de construire en périphérie des villes ?

    Non, il ne l'interdit pas, mais il le plafonne. Chaque commune dispose d'une enveloppe d'artificialisation calculée sur la décennie écoulée. Une fois cette enveloppe consommée, tout nouveau projet doit être compensé par la renaturation d'une surface équivalente. En pratique, les communes les plus tendues deviennent très sélectives sur les autorisations accordées.

    Qu'est-ce qu'une friche au sens du ZAN ?

    Un terrain ou bâtiment déjà imperméabilisé et désaffecté dont la réhabilitation ne génère pas de nouvelle consommation d'ENAF. Pour le marchand de biens, c'est un actif qui ne coûte rien en comptabilité ZAN et qui peut bénéficier d'aides spécifiques : fonds friche, appels à projets ADEME, subventions régionales.

    Un sursis à statuer peut-il bloquer mon permis indéfiniment ?

    Non. Le sursis à statuer prévu à l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme ne peut excéder deux ans. Passé ce délai, la commune doit statuer selon les règles en vigueur à la date du dépôt initial. Le certificat d'urbanisme opérationnel reste le meilleur outil pour cristalliser les règles applicables pendant 18 mois avant de signer.

    La démolition-reconstruction d'un immeuble existant artificialise-t-elle ?

    Non, si le sol était déjà artificialisé avant la démolition. Reconstruire sur un site déjà imperméabilisé ne consomme pas d'ENAF et n'impacte pas l'enveloppe ZAN de la commune. Une démolition suivie d'une renaturation partielle peut même contribuer positivement à la comptabilité locale.

    Le ZAN s'applique-t-il aux travaux de rénovation intérieure ou à la surélévation ?

    Non. Les travaux de rénovation intérieure, la surélévation d'un bâtiment existant et la transformation de locaux ne consomment pas d'ENAF. Ces opérations restent hors du champ du ZAN et sont implicitement encouragées par le dispositif, qui rend la ville sur la ville relativement plus accessible.

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    Sources